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Importer le bénévolat dans une culture du manque : le bénévolat, mon combat

13 oct.
8 min de lecture

Il y a des combats qui naissent d'une conviction profonde. Des combats qui ne sont pas seulement des causes que l'on défend, mais des valeurs que l'on porte en soi, des réalités que l'on refuse d'accepter et des changements que l'on rêve de voir prendre racine dans notre société.

Pour moi, le bénévolat est devenu ce combat.

Je crois profondément que nous pouvons construire une société plus solidaire, plus humaine et plus responsable si nous apprenons à donner autrement. Donner de son temps, de son énergie, de ses compétences, de son écoute et parfois simplement de sa présence. Pourtant, dans une culture où le manque occupe une place importante, parler de bénévolat peut sembler paradoxal.

Comment demander à quelqu'un de donner quand il a lui-même si peu ? Comment promouvoir le don de soi dans un environnement où les préoccupations quotidiennes sont souvent liées à la survie, aux besoins essentiels et à la recherche de revenus ? Comment faire comprendre que le bénévolat n'est pas une perte de temps, mais un investissement dans l'avenir collectif ?

C'est là que commence, à mes yeux, le véritable défi.


Quand le manque devient une culture


Vivre dans le manque ne signifie pas uniquement manquer d'argent. C'est aussi parfois manquer d'opportunités, de sécurité, de reconnaissance, de confiance ou de perspectives d'avenir.

Dans un tel contexte, il est naturel de chercher d'abord à répondre à ses propres besoins. Lorsqu'une personne lutte chaque jour pour assurer sa subsistance, elle peut difficilement comprendre pourquoi elle devrait consacrer gratuitement son temps à une cause collective.

Et il serait injuste de lui reprocher cette réalité.

Mais le problème apparaît lorsque le manque cesse d'être une situation que nous traversons et devient une manière de penser, d'agir et de nous rapporter aux autres. Lorsque chacun estime devoir tout obtenir avant de pouvoir donner. Lorsque la solidarité devient conditionnelle, que chaque geste doit produire un bénéfice immédiat et que l'engagement collectif est perçu comme une activité réservée à ceux qui ont déjà tout.

Nous finissons alors par oublier une vérité essentielle : nous n'avons pas besoin d'avoir tout pour apporter quelque chose.

Le bénévolat ne demande pas nécessairement de posséder des richesses matérielles. Il demande avant tout de reconnaître que nous avons tous quelque chose à offrir, même si cette contribution est modeste.

Une heure de son temps. Une compétence partagée. Un enfant accompagné dans ses apprentissages. Un quartier nettoyé ensemble. Une personne écoutée. Une initiative soutenue.

Ce sont parfois de petites actions qui ouvrent la voie aux plus grandes transformations.


Le bénévolat ne doit pas être un luxe

Bénévoles en plein mission

Je refuse l'idée selon laquelle le bénévolat serait un luxe réservé aux personnes qui ont suffisamment d'argent, de temps ou de confort.

Certes, les réalités économiques imposent des limites. Il serait naïf d'ignorer que le temps consacré au bénévolat peut représenter un manque à gagner pour une personne qui doit travailler pour vivre. Il serait également injuste de demander toujours aux mêmes personnes de se sacrifier au nom de la solidarité.

C'est pourquoi promouvoir le bénévolat ne signifie pas demander aux plus vulnérables de porter seuls le poids du changement.

Il s'agit plutôt de repenser notre rapport à l'engagement. De créer des espaces où chacun peut contribuer selon ses possibilités. De reconnaître la valeur des compétences offertes. De rendre les initiatives accessibles, organisées et respectueuses des bénévoles.

Le bénévolat doit être encouragé, mais il doit aussi être valorisé. Il doit être une expérience qui permet d'apprendre, de créer des liens, de développer des compétences et de participer à quelque chose qui nous dépasse.


Le bénévolat ne doit pas exploiter la générosité des personnes. Il doit lui donner un sens, une direction et un impact.


Comment importer le bénévolat dans une culture du manque ?


Je pense que nous ne pouvons pas simplement importer des modèles de bénévolat venus d'ailleurs et espérer qu'ils fonctionnent automatiquement dans nos communautés.

Nous devons construire une culture de l'engagement qui tient compte de nos réalités, de nos contraintes, de nos traditions de solidarité et de nos aspirations.

Cela commence par un changement de discours.


1. Passer de « qu'est-ce que j'y gagne ? » à « qu'est-ce que nous pouvons construire ? »


Dans une société où les difficultés économiques sont importantes, il est compréhensible de chercher un intérêt concret dans chaque activité. Mais nous devons aussi réapprendre à voir la valeur de ce qui ne se mesure pas immédiatement en argent.

Le bénévolat permet de développer des compétences, de rencontrer des personnes, de découvrir des réalités différentes et de renforcer son sentiment d'utilité. Il nous apprend à travailler avec les autres, à prendre des responsabilités et à devenir des acteurs de notre environnement.

Il ne s'agit pas d'opposer le gain personnel au bien commun, mais de comprendre que les deux peuvent coexister.

En contribuant à une cause collective, nous participons aussi à la construction d'une société dans laquelle nous aimerions vivre.


2. Montrer que chacun peut commencer à son niveau


Le bénévolat ne commence pas nécessairement dans une grande association, avec un programme complexe ou des moyens importants.

Il peut commencer dans une rue, une école, un quartier, une communauté ou un groupe de jeunes.

Nous devons rendre le bénévolat visible, concret et accessible. Proposer des missions courtes, adaptées aux disponibilités de chacun. Encourager les personnes à partager leurs compétences. Montrer des exemples de bénévoles qui agissent avec les moyens dont ils disposent.

Car lorsqu'une personne comprend qu'elle n'a pas besoin d'être riche, célèbre ou particulièrement influente pour être utile, elle peut commencer à envisager sa place dans le changement.


3. Faire du bénévolat une expérience de dignité, et non de sacrifice


Nous devons sortir de l'idée selon laquelle un bénévole est forcément quelqu'un qui doit tout donner sans rien recevoir en retour.

Un bénévole mérite du respect, de l'écoute, un cadre de travail clair et de la reconnaissance. Il mérite de savoir pourquoi il s'engage, à quoi sert son action et quels résultats elle contribue à produire.

Il est possible de valoriser les bénévoles par la formation, les attestations, le mentorat, les opportunités d'apprentissage et la reconnaissance publique de leurs contributions.

Le bénévolat n'est pas un emploi rémunéré, mais cela ne signifie pas que le travail accompli n'a aucune valeur.

Au contraire, reconnaître cette valeur est essentiel pour construire un engagement durable.


4. Réapprendre la force du collectif


Dans une culture du manque, nous pouvons parfois être tentés de penser que chacun doit se débrouiller seul.

Pourtant, certaines difficultés dépassent les capacités d'un individu. Elles nécessitent une mobilisation collective, une organisation et une volonté partagée.

Le bénévolat nous rappelle que nous pouvons unir nos forces, nos idées et nos compétences pour répondre à des besoins communs.

Là où une personne ne peut pas agir seule, dix personnes peuvent créer une possibilité. Là où une initiative semble impossible faute de moyens, des compétences complémentaires peuvent ouvrir une voie nouvelle.

Le collectif ne supprime pas toutes les difficultés. Mais il peut transformer notre manière de les affronter.


5. Donner aux jeunes une autre définition de la réussite


Nous devons aussi parler du bénévolat à nos jeunes.

Trop souvent, la réussite est présentée uniquement à travers l'argent gagné, le poste occupé, les biens possédés ou le statut social atteint.

Bien sûr, réussir sa vie professionnelle et améliorer ses conditions de vie sont des aspirations légitimes. Mais nous devons également montrer qu'une personne peut être fière de ce qu'elle apporte à sa communauté.

Un jeune qui s'engage dans une association, qui accompagne des enfants, qui participe à une action citoyenne ou qui met ses compétences au service d'une cause développe aussi des qualités précieuses : le leadership, la responsabilité, l'empathie, l'esprit d'équipe et le sens de l'initiative.

Nous devons lui apprendre qu'il peut chercher à réussir pour lui-même tout en contribuant à la réussite des autres.


Le bénévolat, mon combat

Si le bénévolat est mon combat, ce n'est pas parce que je pense qu'il peut résoudre tous nos problèmes.

Je sais que la solidarité ne remplace ni les politiques publiques, ni les emplois, ni les infrastructures, ni les ressources dont nos communautés ont besoin. Le bénévolat ne doit jamais servir d'excuse pour abandonner aux citoyens des responsabilités qui appartiennent aux institutions.

Mais je crois qu'il existe une force que nous sous-estimons parfois : celle des personnes qui décident de ne pas rester spectatrices.

Je crois aux personnes qui donnent de leur temps sans attendre d'être applaudies. À celles qui partagent ce qu'elles savent. À celles qui accompagnent, organisent, transmettent, encouragent et ouvrent des portes.

Je crois que le bénévolat peut nous aider à reconstruire des liens, à développer une conscience citoyenne et à faire émerger des solutions au plus près des réalités de nos communautés.

Et surtout, je crois que nous devons cesser d'attendre que toutes les conditions soient réunies pour commencer à agir.

Nous pouvons dénoncer le manque de moyens tout en développant notre capacité à nous mobiliser. Nous pouvons réclamer de meilleures conditions de vie tout en construisant des formes de solidarité. Nous pouvons reconnaître les difficultés de notre environnement sans accepter que ces difficultés deviennent les seules limites de notre imagination collective.

Mon combat consiste à faire comprendre que le bénévolat n'est pas simplement une activité que l'on pratique de temps en temps. C'est aussi une manière de concevoir notre place dans la société.

C'est choisir de ne pas être indifférent. C'est comprendre que nous avons des droits, mais aussi une capacité d'action. C'est accepter que le changement collectif commence parfois par un geste que personne ne trouve extraordinaire, sauf la personne qui en bénéficie.


Et si nous commencions par changer notre regard ?


Peut-être que la première étape pour installer une véritable culture du bénévolat n'est pas de demander aux gens de donner davantage.

Peut-être faut-il d'abord leur montrer que leur contribution compte.

Leur faire comprendre que leur temps a de la valeur, que leurs compétences peuvent servir, que leurs idées méritent d'être entendues et que leur engagement peut produire des résultats tangibles.

Il faut créer des expériences positives, raconter les histoires de ceux qui agissent, reconnaître les efforts et bâtir des organisations capables d'accueillir les bénévoles avec sérieux et respect.

Il faut également accepter que le bénévolat prenne différentes formes selon les personnes et les contextes. Certains donneront une heure par mois, d'autres quelques journées par an, d'autres encore mettront leurs compétences au service d'un projet précis.

L'important n'est pas que tout le monde donne de la même manière. L'important est que chacun puisse trouver une manière juste et réaliste de contribuer.

Car une culture du bénévolat ne se décrète pas. Elle se construit, se transmet et se vit.

Elle naît lorsque le geste solidaire devient naturel, lorsque l'engagement citoyen est valorisé et lorsque nous cessons de considérer le bien commun comme la responsabilité de quelqu'un d'autre.


Pour conclure : nous avons peut-être moins de moyens, mais nous avons aussi le pouvoir d'agir


Importer le bénévolat dans une culture du manque, ce n'est pas demander aux personnes de nier leurs difficultés. Ce n'est pas romantiser la pauvreté, glorifier le sacrifice ou prétendre que la bonne volonté suffit à tout.

C'est ouvrir une autre possibilité : celle d'une société où, malgré les difficultés, les individus peuvent se mobiliser, se soutenir et participer à la construction de solutions communes.

C'est faire comprendre que le bénévolat n'est ni une faiblesse, ni une perte de temps, ni une activité réservée à une élite. C'est une forme d'engagement qui, lorsqu'elle est bien pensée et bien organisée, peut contribuer à transformer les personnes, les communautés et les mentalités.


Le bénévolat est mon combat parce que je crois que le manque de ressources ne doit pas devenir un manque de solidarité.


Je veux contribuer à faire émerger une génération qui ne se demande pas seulement ce que la société peut lui offrir, mais aussi ce qu'elle peut apporter à la société.

Une génération qui comprend que donner n'est pas forcément se priver, que servir n'est pas s'effacer et que s'engager ne signifie pas renoncer à ses propres ambitions.

Une génération qui sait que nous pouvons poursuivre nos rêves tout en aidant les autres à construire les leurs.

Parce qu'au fond, la véritable richesse d'une communauté ne se mesure pas uniquement à ce qu'elle possède, mais aussi à sa capacité à prendre soin de ses membres.

Et si nous commencions, chacun à notre manière, à faire du bénévolat non pas une exception, mais une habitude ?


Le bénévolat, mon combat. La solidarité, notre responsabilité. Le changement, notre possibilité collective.

 
 
 

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Membre inconnu
13 oct.
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